Pouvez-vous nous raconter un peu votre vie, votre parcours jusqu’à maintenant ?

Je suis artiste professionnel, né à Lomé en 1964. Dans mon enfance j’avais reçu des prix de dessin à l’école primaire, alors j’ai eu l’idée de devenir peintre. Ensuite, j’ai aussi eu des prix de concours de peinture organisés par une radio locale à Lomé. Après mes études, j’ai passé 4 ans et demi dans l’atelier d’un peintre togolais nommé Dabla.

J’ai suivi des stages de formation organisés par le Goethe Institut, le centre culturel allemand à Lomé, un autre avec des peintres français, organisé par le centre culturel français, et encore un autre, organisé par un peintre hollandais. J’ai aussi fait plusieurs expositions en Allemagne dans le Land de Thuringe.

 

De quoi parlent vos œuvres ? Racontent-elles une histoire, montrent-elles un paysage par exemple ?
Mes peintures montrent la vie humaine, l’amour de la mère pour son enfant, la vie culturelle : le festival du cinéma panafricain, la photographie, la danse et la couture wax hollandaise. J’essaie de raconter l’histoire de la naissance de l’art africain en passant par la danse, la musique et les chansons traditionnelles. Au niveau des paysages, je n’y travaille pas encore beaucoup, mais j’ai quand même déjà réalisé trois paysages qui montrent des bâtiments anciens.


Par quoi ou par qui êtes-vous inspiré ?
Quels sont vos peintres préférés ?

Je peux dire que je fais ma propre recherche en essayant de trouver un thème très intéressant avant d’agir sur la toile. Il y a deux styles d’inspiration qui frappent au premier coup d’œil chez moi, il s’agit de l’abstraction figurative et non figurative. Je suis inspiré par la tradition culturelle en Afrique, la vie humaine à deux.

En ce qui concerne mes peintres préférés, j’aimerais mentionner le peintre français Toulouse-Lautrec et l’Allemand Hans Hartung.

 

Pourquoi avez-vous décidé de quitter le Togo pour l’Allemagne ?

Dans mon pays il y avait trop de dictature, à partir d’octobre 1990, le vent de la démocratie a soufflé sur le Togo ce qui a entraîné des controverses et des désaccords qui ont détruit le pays. Tous les secteurs d’activités, socio-politique, économique et culturel, en ont été ralentis. Le pays était trop paralysé, du coup je suis parti.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer et à persévérer dans ce domaine difficile ?

En vérité la peinture n’est pas un domaine si difficile. Mais ce sont les artistes eux-mêmes qui, souvent, ne savent pas comment faire circuler et connaître leurs œuvres. De plus, c’est aussi la faute des galeristes qui ne savent pas comment chercher et contacter les collectionneurs. Quand j’expose, je dois aussi contacter le public. En Afrique, les corps diplomatiques, les directeurs de sociétés, le gouvernement, les commerçants sont invités à assister aux vernissages et cela devient une très grande fête. Le galeriste doit lancer son premier client qui est l’artiste. Mais dans le cas contraire, la galerie met l’artiste devant de gros problèmes.

 

Quelles difficultés avez-vous rencontré ?

L’art africain a sa place en Europe en France, en Hollande, en Belgique, en Angleterre… Il y a aussi des gens qui ne veulent pas s’ouvrir pour connaître la peinture africaine. Ici, il y a un grand problème lié à la division de l’Allemagne pendant la période du mur de Berlin. Dans cette région de Thuringe, la mentalité de l’époque du mur de Berlin est très présente, même le syndicat des artistes est trop négatif. J’entends par mentalité de l’époque du mur de Berlin qu’en Thuringe c’est toujours le même fonctionnement qu’à l’époque : la discrimination provient des autorités. C’est un système qui est fait pour mettre les Africains à l’écart dans cette région. Les Africains ont quitté ce Land. Les Noirs ont fui pour aller dans les grandes villes où les gens sont ouverts. Je suis resté dans l’ombre parce que les habitants ne veulent pas s’approcher des Noirs. Ce Land est différent de ceux de l’ouest, où les habitants sont ouverts et habitués aux Africains.

AFRIKA #15